Témoignage 2

Témoignage écrit pour l’ouvrage Le livre noir des violences sexuelles de la Dre Muriel Salmona à paraître le 10 avril 2013 chez Dunod.

J’avais 14 ans lorsque je le vis pour la première fois, en de douloureuses circonstances. Mon frère, de dix ans mon aîné, s’était suicidé une année plus tôt, sans que je sois parvenue à le convaincre de renoncer à ce funeste projet, dont il avait évoqué clairement, auprès de moi, l’éventualité. J’héritais d’une cassette audio, dans laquelle il me demandait, notamment, de ne pas évoquer son suicide auprès de trop de gens. Nos parents se séparèrent six mois après ce drame et j’obtins, pour ma part, d’effectuer mon entrée en seconde dans le lycée d’une ville voisine. Je résidais alors en semaine chez des particuliers. 

Préoccupé, à juste titre, de mon devenir, mon père prit renseignement et me proposa de consulter un psychiatre, recommandé par notre médecin de famille. L’idée ne m’enthousiasma guère, a priori, mais je convins que la démarche pourrait, potentiellement, m’apporter une forme de soutien. Tel fut le cas, à tout le moins en apparence pour ce que je pouvais en percevoir dans ce contexte perturbé, pendant près de deux ans. Je parlais peu, me jugeais durement, détournais le regard chaque fois que les larmes me venaient. J’avais honte de devenir une élève nulle, incapable de se concentrer ni d’apprendre, honte de n’être pas plus forte, honte de ne pas parvenir à vivre, en somme. 

Dans le même temps, je concevais une admiration sans bornes pour ce monsieur psychiatre, qui avait fait de brillantes études, tout comme mon frère, mais qui, de surcroît, avait non seulement survécu, mais dédiait sa vie, avec talent, à sauver des personnes du désespoir et du suicide. Je l’idéalisais donc, autant que faire se peut, quand je me sentais la dernière des minables. Ce monsieur semblait fort à l’écoute, si bienveillant, que j’en éprouvais une reconnaissance à nulle autre pareille. N’était-ce pas lui, précisément, dans son infinie mansuétude, qui m’avait indiqué que je pourrais passer à l’improviste, si le fardeau s’avérait un jour, pour moi, trop lourd à porter ? Lui qui demeurait près de moi, en mes longs silences, en mes longs pleurs, tournés vers le mur de son cabinet, depuis près de deux ans ? 

Pendant longtemps, je ne fis pas usage de la possibilité qu’il m’avait offerte de survenir sans l’avertir au préalable, quand bien même je souffrais comme un chien. Jusqu’au jour où, en dépit de ces jugements si durs à mon encontre, et du respect que je portais à son action – je m’en serais voulue de l’importuner – je m’en fus en sa salle d’attente, sans qu’aucun rendez-vous n’ait été programmé. Si coupable de le déranger, et me sentant si nulle de le faire, sans compter les autres raisons pour lesquelles j’éprouvais tant de mépris de moi-même, je fondis en larmes dès que ce grand spécialiste daigna m’accueillir en son antre. 

J’entre et je fonds en larmes et lui me prend par les mains, m’attire vers lui, m’embrasse sur la bouche et profère sa sentence : « je sais qu’il y a des liens comme ça qui peuvent se créer mais je ne veux surtout pas te faire mal ». Je suis plus que bouleversée, je ne comprends rien, une voix en mon for intérieur vient de crier que « non, ce n’est pas du tout ça », et je me sens mal, au plus mal, j’ai eu tort de venir (c’est donc ma faute !), mais, néanmoins, je suis en colère de ce baiser que j’avais tant rêvé d’échanger un jour, par choix, avec un garçon de mon âge.

 

Le règne de la confusion et… de la terreur

Ayant retrouvé, bien des années plus tard, mes écrits de l’époque, il m’est apparu qu’il avait, dès ce jour, évoqué mon « désir inconscient » d’une telle circonstance. En d’autres termes, il a alors prétendu que je désirais inconsciemment ce qu’il me « donnait là ». Horreur, malheur ! J’étais en quête d’un « modèle symbolique », un être certes de chair et de sang, mais auquel me référer, me raccrocher, en cette époque de perte de sens. Mais lui a feint, prétendu, prendre au pied de la lettre, une demande informulée d’ACTES. 

Dès lors, il fut facile de tout inverser, de me faire porter le poids de ses propres « envies », de me briser chaque jour davantage, en m’en faisant porter la faute. « Tu étais un peu amoureuse de ton frère », « je suis comme un grand frère un peu incestueux », telles furent quelques-unes des « interprétations » forcenées qu’il m’assena, en spécialiste. La conclusion s’imposait (presque) d’elle-même : si je te touche, de plus en plus intimement, si je dégrafe ton soutien-gorge, si je mets mes grosses paluches sur ta poitrine, si je te fais peur… c’est parce que tu aimes cela, au fond, sans le savoir ! « Je crois que tu as un peu peur mais que tu aimes avoir peur ». Vous croyez ??? Non, j’ai peur, et je n’aime pas du tout cela, pas plus que je ne goûte ces humiliations chaque fois réitérées. Mais que faire ? « À lui, je ne peux en vouloir, il tire toutes les ficelles » : j’écrivis alors ce commentaire, en apparence paradoxal. Car devenue pantin, je n’éprouvais plus guère le sentiment d’exister sans être mue par ce marionnettiste. 

Un art si singulier valait bien une offrande, en sus de mon corps et mon âme dérobés : quelque 200 francs y suffiraient, avait jugé l’expert. À charge pour l’assurance-maladie et mon père d’en assurer le financement, tant de magnanimité ne pouvant, naturellement, se manifester sans deniers sonnants et trébuchants à la clé. J’avais le sentiment d’être traitée en pute. Sans compter d’autres maux « nécessaires » à ma cure. Ce parangon d’empathie avait des enfants de mon âge. Il les évoquait, pour mieux me ligoter : confidences pour confidences… il abolissait les frontières entre générations. Et me donnait ainsi à penser que nous « partagions » certaines choses. Trahir sa « confiance » eut, dès lors, semblé criminel. Sa fille était-elle partie étudier à l’étranger ? Il me décrivait le chagrin suscité par son absence prolongée. Son fils était-il un élève brillant ? Il m’en chantait les louanges, avant quelques attouchements. « Donner de sa personne » n’est pas le terme idoine : il prenait simplement, à défaut de purement, sans que je me hasarde véritablement à protester. 

J’avais été mal informée. Je ne m’y retrouvais pas. L’esclavage n’avait pas été aboli. Quant à la « Charte des droits de l’enfant » que je voyais punaisée sur le mur de sa salle d’attente, elle ne s’appliquait manifestement pas à l’adolescente que j’étais, en cette fin des années 80. 

J’avançais en droguée. Il était mon opium contre les souffrances même qu’il m’infligeait. N’avait-il pas souffert, lui aussi, enfant ? Un accident effroyable, des morts sous ses yeux, un événement dramatique qui avait scellé, vers dix ans, son destin : il deviendrait psychiatre. Ce récit me bouleversa tant que je le pris dans mes bras, ce jour-là, pour le réconforter d’avoir subi une si cruelle épreuve et d’y avoir puisé tant de courage. Je suivrais le même chemin, si j’en étais capable, chose en laquelle je ne croyais absolument pas. 

Le modèle prenait l’eau de toutes parts, il m’eut été impossible de le nier totalement. Je m’évertuais toutefois, en diable, à le maintenir en surface. Quitte à cracher, tousser, couler : tout et n’importe quoi, plutôt que de l’envoyer, lui, par le fond. Les chiens sont attachés à leur maître, quand bien même les coups dans la gueule. Ses stratagèmes systématiques visaient à me convaincre qu’il exauçait mes désirs les plus secrets, et je culpabilisais de ces pensées infligées, qui n’étaient nullement les miennes malgré ses affirmations. 

Il jouait, avec célérité, la gamme de la confusion des registres et des sentiments, convoquait « amitié » et « tendresse », tout en suggérant, à répétition, qu’il souhaiterait « être le premier à me faire l’amour », pour que ce soit « avec quelqu’un qui m’aimait ». En filigrane : ne te hasarde pas à imaginer une seule seconde que tu pourrais être l’objet d’une attention sincère, de la part de quiconque, tu as bien de la chance que je sois là pour « m’occuper » de toi. Nul n’était besoin d’étayer cette affirmation. Je me trouvais laide et stupide, je le croyais sans peine. 

Pour bien me tenir sous son joug, ne me dire que des horreurs eut cependant manqué d’habileté. La tentation de la révolte n’aurait-elle pu finir par l’emporter ? Souffler le chaud et le froid me maintenait, au contraire, bien sous emprise. Il flattait ainsi une intelligence et une maturité qu’il affirmait singulières. Cette « maturité » affichée de mon caractère avait une autre ambition, celle de minimiser, à mes yeux, l’ampleur de sa trahison, la gravité de ses actes, le déséquilibre des forces en présence : un psychiatre de près de 30 ans plus âgé que l’adolescente fragile qu’il transformait en objet s’opposaient en ce huit-clos. 

Existe-il des médecins malintentionnés, sournois, et lâches au point d’user de la position d’autorité conférée par leurs fonctions pour agresser émotionnellement et sexuellement des patientes, adolescentes et en dépression de surcroît ? J’aimerais savoir que non. Mais je l’ai vécu. 

L’absence de mon frère, la cause de son décès, son testament qui m’enjoignait au mutisme, sans compter la peine immense qui m’étreignait à la pensée de la souffrance de nos parents, avaient occasionné chez moi un profond désarroi. Comme n’importe quel être empêtré en des sables mouvants, j’avais recherché un ilot de stabilité. Mon médecin en présentant initialement les apparences, j’avais investi en lui toute la confiance qui me faisait intrinsèquement défaut. Mon frère, par ailleurs, me manquait, cruellement. Ce psychiatre l’incarna, en quelque sorte, par substitution. Renoncer à le voir, le désavouer quand il révéla sa véritable nature, fut au-delà de mes forces. C’eut été comme de perdre mon frère, pour la seconde fois. C’est à dessein et en connaissance de cause que l’infecte insecte évoqua l’inceste. Non content de taper « juste », au centre de la douleur, il cogna bien fort, symboliquement. 

La tête à l’envers mais les pieds sur terre ?

En dépit de ces poisons instillés, avec la régularité du métronome, par le maître expert pseudo-psychiatre, ou précisément à cause d’eux, la jeune esclave qu’il avait fait de moi rêvait de s’affranchir. J’avais beau nager en eaux troubles, depuis trop longtemps, jusqu’à l’épuisement, la conscience d’un risque de noyade plus qu’éventuel me fit prendre une décision aussi lourde que les chaînes qui entravaient ma liberté de réagir et de penser. J’allais m’éloigner. Se sevrer d’une drogue dure n’est cependant pas chose aisée, en dépit d’une croyance répandue en la force souveraine de la « volonté ». Serais-je demeurée à proximité, ma reddition eut été presque acquise, et les violences physiques et morales, qui s’amplifiaient, auraient possiblement franchi un cap supplémentaire. Un changement drastique s’imposait. Et j’étais la seule à pouvoir et souhaiter le provoquer. 

Aussi, quelques mois après que le voile eut commencé de se lever sur la « personnalité » de mon médecin, pris-je la décision de partir pour un an à l’autre extrémité de la Terre. La réalisation de ce projet ne put, malheureusement, être instantanée. Enfin ! Plus d’une année après le commencement de ces « traitements », je pus me sauver, au sens propre, à défaut, encore, d’y parvenir au sens figuré. 

L’inversion des rôles avait produit plein effet. J’étais convaincue d’être une entrave à son existence. En m’exilant, je le libérerais. Cette vision des choses m’en donna l’énergie. Je nourrissais aussi l’espoir secret de forcer son respect en me livrant à un acte de bravoure : parvenir à vivre aux antipodes, sans ma famille ni mes amis, mais, surtout, loin de lui. « Forcer » son respect, le terme semble taillé sur mesure. Être considérée et traitée comme une personne n’allait pas de soi, il me foulait aux pieds. 

Je ne lui demandais rien, il promit de m’écrire. J’avais fait erreur : j’existais pour lui et mon cœur en fut gonflé de joie. J’attendis son courrier, des mois durant, mais ne vis évidemment rien venir… N’y tenant plus, je finis par lui téléphoner. Il m’informa qu’il « faisait plutôt dans le relationnel », l’évidence me transperça : je ne présentais, à ses yeux, aucun intérêt dans la mesure où il ne pouvait me tripoter. J’envisageais sérieusement de mourir, ne parvins pas à passer à l’acte, et ne m’en méprisais que davantage. Je n’étais pas plus capable de vivre que de me tuer, condamnée désormais, semblait-il, à errer dans les limbes. Par défaut donc, je survécus. Contrainte de m’exprimer à longueur de temps en une langue étrangère me protégea alors, quelque peu, d’affects d’une douleur extrême. 

Las. J’avais espéré qu’une année me permettrait de recouvrer la liberté. Il n’en fut rien, quoique j’eusse gagné en force. Je retournais le voir, sitôt de retour au pays. Ma colère était palpable, elle pourrait, à terme, le menacer. Pragmatique, le spécialiste es violences opta, en conscience, pour une stratégie visant à s’épargner les désagréments d’une éventuelle dénonciation. Il me reçut à titre « gracieux », pendant près d’un an et demi. Vestige du passé mais, surtout, signe tangible de son emprise toujours effective, il me saluait comme il n’est de mise qu’en Russie. Toutefois ne tentait-il pas de me toucher davantage. J’en concevais un immense soulagement, doublé d’une reconnaissance qui ne l’était pas moins. Ses nouvelles dispositions me portèrent à croire qu’il tenait à moi, finalement. 

Pour ma part, je m’évertuais à faire « comme si » les choses horribles qu’il m’avait infligées autrefois n’étaient que de peu d’importance. Maintenir mes émotions à distance me permettait de continuer à tenir debout. Parfois, je n’éprouvais plus rien, pour quelque motif que ce soit. En d’autres périodes, je sombrais dans de profonds accès dépressifs. J’en perdis même, un moment, le sommeil autant que l’appétit. Le loup ne s’était pas transformé en agneau, il avait simplement changé, un peu, avec moi, de manières. Il m’ordonna de manger, je m’exécutais. Un autre jour, il décréta que je n’allais « jamais bien, de toute façon ». Sa parole l’emportait toujours sur toute autre considération. Je fus convaincue, une fois encore, de la véracité de ses dires. Manifestement, j’étais viscéralement incapable de me sentir bien. M’interroger sur sa part de responsabilité en la matière ne me vint pas à l’esprit. 

À la longue, coupée comme je l’étais de mes émotions véritables, son influence, pourtant, s’étiola, comme il l’avait sans doute planifié. Je cessais de le voir et crus ainsi pouvoir tourner la page sur ce qui s’était produit. 

Mémoire empoisonnée, parole embastillée

Des cauchemars vinrent contrecarrer ce dessein. Je n’eus d’autre issue que de tenter l’impensable : consulter une psychiatre. L’une des difficultés singulières de ma situation tint précisément là. N’avoir d’autre choix que de me tourner vers une personne du même corps de métier que mon agresseur ne m’aida pas à formuler clairement ce que j’avais subi. A cette spécialiste que je vis alors, qui exerçait dans la même ville que l’auteur des faits et le connaissait peut-être, je parvins, tout au plus, à lancer des signaux d’alarme et de détresse. 

Idem avec mon père, auprès duquel j’évoquais à de nombreuses reprises le statut de « grand frère un peu incestueux » qu’avait revendiqué mon ancien psychiatre, ainsi que mon désir de porter plainte. L’incompréhensible absence de réaction paternelle aggrava un sentiment de culpabilité déjà profondément ancré et contribua à ce que je ravale ma peine et ma colère. Mon père pensa que je voulais simplement porter plainte « pour des mots », dont la perversité lui échappa, d’ailleurs, tout bonnement. Je crus, pour ma part, qu’il ne trouvait pas légitime ma volonté de dénoncer l’auteur des faits. Quand le malentendu, enfin, fut levé, bien des années plus tard, le couperet de la prescription pénale était tombé depuis longtemps (il survenait alors dix ans après la majorité de la victime, contre vingt aujourd’hui). 

Mon ancien compagnon, seule personne à laquelle je parvins à donner plus d’éléments dans les délais légalement impartis, m’incita, certes, à consulter une thérapeute. Mais il me dissuada aussi de porter plainte, évoquant les horribles stratagèmes auxquels pourrait alors recourir l’agresseur, ainsi que la souffrance qui en résulterait pour mes parents, avec pour évident résultat d’amplifier ma terreur, de telle sorte que le silence finit par l’emporter. 

Protéger les autres, mais comment ?

Autres lieux, autres temps. Soutenue par une psychiatre, j’ai finalement adressé un signalement au procureur de la République, quinze ans après les faits, que je savais pénalement prescrits, mais néanmoins toujours potentiellement condamnables par le Conseil de l’Ordre des médecins. Ce dernier s’est effectivement saisi du dossier. S’en sont suivis deux ans d’un combat acharné, la peur au ventre, à chaque instant. L’agresseur qui évoque sa « position paternelle » à mon égard, nouvelle abomination après celle de s’être autrefois déclaré « comme un grand frère un peu incestueux ». Son avocate qui invoque des erreurs matérielles en mes dépositions, affirmant qu’il y avait des barreaux à la fenêtre du cabinet de consultation, non des volets intérieurs, comme je l’avais décrit. Personne ne prendra la peine de relever ce clin d’œil très pervers, cette métaphore de la prison d’autrefois, qui finit ainsi aux oubliettes. 

Je me dois néanmoins de reconnaître que l’accueil que me réserva le Conseil régional de l’Ordre des médecins fut courtois, contrairement à celui de la Section disciplinaire, juridiction d’appel. Me retrouver, une seconde fois, seule face à l’auteur des faits, son avocate, et une poignée de médecins en tenue d’audience était, en soi, terrifiant. Dire bonjour et n’obtenir aucune réponse me glaça les sangs. Je fus abruptement questionnée sur le caractère « tardif » de ma plainte alors que je m’étais autrefois confiée à mon compagnon. Comme si parler à un proche et se confronter publiquement à l’agresseur avait quoi de ce soit de commun… Évoquant la difficulté supplémentaire qu’avait générée la demande formulée par mon frère de ne pas trop ébruiter son suicide, je me vis vertement rétorquer que je n’avais « pas besoin de parler de ça », ce qui porta ma terreur à son comble. « Ça » ? Le décès de mon frère, son testament, sans compter les mots monstrueux de mon ancien psychiatre, accompagnés d’actes de violences sexuelles ? Non, apparemment, il n’aurait pas fallu en parler. 

L’auteur des faits ne fut d’ailleurs pas condamné. Pis, le « jugement » de ses pairs affirme, contre toute évidence, que je me suis autrefois « précipitée » sur lui, dans un moment de détresse, et qu’il m’a alors régulièrement « accueillie » dans ses bras, embrassée sur la joue et caressé le dos, par « empathie », craignant de ma part un geste suicidaire en l’absence d’une telle marque d’attention. L’inversion des rôles a triomphé, grâce au soutien actif de l’institution. Une autre personne avait pourtant dénoncé des faits similaires. 

Être trahie comme je l’ai été par une personne de confiance engendre un questionnement profond sur la véracité des liens d’attachement que l’on peut nouer avec autrui et remet totalement en question le sens-même de l’existence. Prendre le courage de dénoncer les faits et réaliser que ceux dont la tâche prétendue est d’en sanctionner l’auteur prennent le parti, en inversant les rôles, de le laisser continuer de briser des vies, est une épreuve supplémentaire, qui bouleverse, une nouvelle fois, le regard que l’on porte sur les autres et la société tout entière. J’ai cru que j’allais en mourir, mais continuer de lutter me semble une bien meilleure option. 

Je souhaite que les médecins, car il s’en trouve d’authentiques et de bienveillants, soient formés à la détection et au traitement des violences psychologiques et sexuelles. J’aimerais que ces dernières soient rendues imprescriptibles, de manière à ce que la parole des victimes puisse contribuer à la prévention de la récidive. Je me demande, enfin, s’il est légitime que les médecins soient jugés par leurs pairs sur des faits de cette nature. Ce qui s’est produit tend plutôt à me convaincre du contraire.

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