les chiffres

Dans toutes les enquêtes les victimes sont issues de tous les milieux sociaux et de toutes les catégories professionnelles, et les violences sexuelles sont commises essentiellement par des hommes, par des proches ou quelqu’un de connu par la victime dans 80 % de cas. Elles sont très peu identifiées et dénoncées : moins de 8 % des viols font l’objet de plaintes (Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales ONDRP 2008), et seules 2 % des violences sexuelles intrafamiliales font l’objet de plaintes, alors que 20 % des victimes intra-familiales de blessures physiques portent plainte (ONDRP 2009). Les victimes de violences sexuelles restent isolées et sans soins, moins de 10 % des victimes de violences physiques ou sexuelles intrafamiliales ont déclaré avoir appelé un numéro vert ou rencontré des membres d’une association, et moins de 20 % ont déclaré avoir été vues par un médecin à la suite des actes subis.

Suivant les études et les pays les violences sexuelles toucheraient 20 à 30 % des personnes au cours de leur vie. Pourtant les violences sexuelles restent sous-estimées, méconnues, souvent déniées voire tolérées en raison de nombreux préjugés sur la sexualité. Les violences sexuelles sont tellement omniprésentes qu’elles parasitent gravement les relations amoureuses entre les hommes et les femmes, du fait des stéréotypes véhiculés, mais aussi comme nous le verrons du fait des symptômes psychotraumatiques qui brouillent les représentations sur la sexualité des hommes et des femmes, et entraînent une confusion entre violence et sexualité, entre excitation à la prédation et désir.

L’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) a pu mesurer qu’en 2009, 2,7 % de personnes de 18 à 75 ans (2,5 % d’hommes et 3 % de femmes) se déclaraient victimes de violences physiques et sexuelles, soit 1 177 000 personnes. Dans un peu plus de la moitié des cas, il s’agit de violences intra-familiales (conjoint ou membre de la famille). Entre 2010 et 2011, l’ONDRP comptabilise 200 000 femmes entre 18 et 75 ans qui ont été victimes de violences sexuelles hors ménage, et près de 600 000 femmes qui ont été victimes de violences sexuelles ou physiques au sein de leur ménage.

En ce qui concerne les viols, dans leur vie 16 % des femmes ont subi des viols et des tentatives de viols (avec respectivement 6,8 % de viols et 9,1 % de tentatives de viols) dont 59 % avant 18 ans, et 5 % des hommes (avec respectivement 1,5 % de viols et 3,0 % de tentatives de viols), et 13% des femmes ayant subi des viols l’ont été par des hommes de la parenté. (enquête Contexte de la sexualité en France CST INSERM, 2008).

Par an ce serait 190 000 viols qui seraient commis en France, un chiffre qui donne le vertige. Comment obtient-on ce chiffre ? Pour l’enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (ENVEFF) de 2000, 0,3 % des femmes de 20 à 59 ans ont subi des viols, soit environ 50 000 femmes par an. L’enquête INSEE 2005-2006 sur des femmes de 18 à 59 ans donne le chiffre bien supérieur de 0,7 % de viols (1,5 % pour les viols et les tentatives de viols) sur une année, soit un peu plus de 115 000 femmes par an. Ce chiffre est plus élevé que celui de l’enquête ENVEFF car il comprend en plus les femmes de 18 à 20 ans (or ce sont les femmes les plus jeunes qui subissent le plus de viols : trois fois plus pour les femmes de 19 à 29 ans). Sachant qu’il manque toujours les chiffres concernant les femmes de plus de 59 ans, et les viols subis par les mineures (l’enquête Contexte de la sexualité en France CSF de l’INSERM et de l’INED de 2006 publiée en 2008 indique que plus 59 % des viols et des tentatives de viols sont commis sur des mineurs), on arrive à des chiffres qui seraient bien supérieurs à 150 000 viols par an… Auxquels il faut rajouter les viols subis par les hommes, qui seraient quatre fois moins nombreux, on compte effectivement au minimum 190 000 viols par an en France !

On estime qu’environ 30 % des viols que subissent les femmes seraient le fait de leur conjoint ou de leur partenaire, et pourtant 2 % seulement de ces viols sont dénoncés. Dans le cadre des mariages forcés, on se retrouve de fait dans une situation où des viols conjugaux sont commis. Sur le lieu de travail 4,7 % des viols et 25 % des agressions sexuelles sont commises (INSEE, 2008), et les statistiques dont celles de l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) montrent que les univers du soin sont les lieux de travail où il y a le plus de violences sexuelles, avec ceux de la restauration et de l’hôtellerie.

Le harcèlement sexuel se produit sur les lieux de travail, à l’école, dans la rue et les espaces publics. Dans les pays de l’Union européenne 40 à 50 % des femmes subissent des avances sexuelles non désirées ou des agressions sexuelles. Cette situation explique que la majorité des femmes ont peur de marcher seules dans la rue la nuit (c’est le cas pour près de 60 % des femmes interrogées à Montréal au Canada, alors que seuls 17 % des hommes interrogés ont peur).

Une revue internationale des études de victimisation (Putman, 2003) donne une prévalence moyenne des violences sexuelles avant 18 ans de 16,8 % chez les filles et de 7,9 % chez les garçons. Finkhelor en 1994 avec une étude de grande envergure a obtienu des chiffres plus importants : 27 % de filles et 16 % de garçons. 10 % des victimes ont entre 0 et 3 ans, 28 % entre 4 et 7 ans, 25,5 % entre 8 et 11 ans, et 35,9 % de 12 à 18 ans.

Pour l’Organisation Mondiale de la Santé (prévention de la maltraitance sur les enfants, OMS, 2000) selon des études effectuées dans le monde entier, environ 20 % des femmes et 5 % à 10 % des hommes déclarent avoir été victimes de violence sexuelle étant enfants.

En France, où les études de victimisation sont encore beaucoup trop rares, les chiffres de Marie Choquet (INSERM) montrent que 6 % des adolescentes ont subi des violences sexuelles à 14 ans, 12 % à 18 ans, et 14 % à 21 ans (enquête CSVF, 2007) contre 2 % chez les garçons. Les statistiques du Collectif Féministe Contre le Viol concernant les appels du numéro national SOS-Viol-femmes-information montrent que les mineures sont les victimes de plus de 50 % des agressions sexuelles, commises principalement par des hommes, mais des femmes peuvent aussi en être les auteures. 26 % des Français connaissent au moins une personne victime d’inceste dans leur entourage et 3 % des Français déclarent avoir été victimes d’inceste – 5 % des femmes et 1 % des hommes – (enquête IPSOS-AIVI, 2009).

Dans les espaces publics, à l’école et à l’université, les jeunes filles ont un risque important de subir du harcèlement sexuel. Selon l’enquête CSVF 2007, 60 % des adolescentes ont subi du harcèlement sexuel dans l’espace public et 15 % dans le cadre scolaire, universitaire ou du travail, dans l’année qui précède. Enfin, les filles subissent bien plus de violences physiques dans le milieu familial (violences sexistes intrafamiliales) que les garçons (32 % contre 5 %), alors qu’elles subissent moins de violences physiques non sexuelles que les garçons à l’école (37 % contre 52 %).

Pour les mutilations sexuelles féminines, il y aurait en France 51 000 femmes excisées. Seules 11 % des filles de ces femmes sont excisées, mais sur les autres pèse le risque d’être excisées avant 15 ans lors d’un voyage au pays d’origine (3 filles sur 10), la surveillance importante en PMI des petites filles ayant fait reculer l’âge de l’excision vers l’adolescence (Enquête ExH 2007-2009).

Dans le cadre scolaire, selon un sondage IFOP en 2012 réalisé auprès de jeunes femmes de 18 à 25 ans pour l’association Paroles de femmes, plus des deux tiers (68 %) ont déjà été victimes de violences, surtout entre 10 et 20 ans. Elles les ont subies en moyenne pour la première fois entre 14 et 15 ans. Et pour 61 % d’entre elles, ces violences se sont déroulées dans leur école, collège ou lycée. Principalement des moqueries ou des insultes sexistes (pour 66 % d’entre elles), mais aussi du harcèlement (54 %), des actes violents (52 %), des agressions sexuelles (43 %). Elles sont nombreuses a en avoir parlé à une amie (63 %) et à un membre de leur famille (44 %) et beaucoup moins nombreuses a en avoir parlé à un membre de l’éducation nationale (8 %). Dans 92 % des cas, les violences sexistes en milieu scolaire ne sont pas sanctionnées, et c’est même le cas pour 84 % des agressions sexuelles.

Lors d’une enquête de 2008 en milieu sportif sur des jeunes de 13 à 23 ans, 31 % d’entre eux déclarent avoir été victimes de violences sexuelles avec 53 % de harcèlement sexuel, 23 % d’atteintes sexuelles et près de 20 % d’agressions sexuelles, l’agresseur est un homme dans 90 % des cas.

Et les chiffres sont sous-estimés nous dit Putman, car près de 50 % des violences sexuelles durant l’enfance font l’objet de déni ou d’amnésies traumatiques de la part des victimes, pendant des périodes plus ou moins longues. Une étude, auprès d’enfants dont on avait bien documenté les violences sexuelles qu’ils avaient subies, a montré qu’ensuite la plupart déniaient ou minimisaient les violences subies (Sjoberg & Lindblad, 2003), et une autre étude a montré que 17 ans après des violences sexuelles dans l’enfance, là aussi bien documentées, 38 % des sujets sont totalement amnésiques (William, 1994) et 59 % vont être amnésiques lors de période plus ou moins longues (Briere, 1993) cf la revue des études sur les amnésies après violences sexuelles dans l’enfance par J. Hopper, 2011. De plus le déni ou la non-reconnaissance en tant que telles des agressions sexuelles chez les victimes sont extrêmement fréquents, alors que les allégations mensongères des victimes sont rares, inférieures à 3 %, et que 22 % des victimes se rétractent par peur et sous la menace.

janvier 2013

Dre Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie, auteure d’un ouvrage à paraitre chez Dunod le 10 avril 2013 : Le livre noir des violences sexuelles, cf la page du livre

4 commentaires pour les chiffres

  1. Il n’y a pas que Putman qui pointent l’insuffisance des chiffres- Et dans les pays sans loi et non protecteur, qui n’ont pas encore intégré ni l’égalité des sexes, ni le concept de discrimination envers les filles… http://susaufeminicides.blogspot.fr/2013/01/planetarium-des-feminicides.htmlhttp://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/01/combien.html

  2. Ping : Les trois jeunes femmes de Cleveland séquestrées, torturées et violées pendant 10 ans par au moins un homme : un fait divers ? | blogschizo

  3. Ping : lelivrenoirdesviolencessexuelles

  4. Ping : «La réalité des violences sexuelles est l’objet d’un déni massif» | Blog du GAMS

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